Henri Jonas retrace le développement du bureau – des premières années jusqu’à la transmission. Un récit sur la construction, l’évolution et les fondements sur lesquels JONAS Architectes s’appuie encore aujourd’hui.

DES ANNÉES D’ORIENTATION
Au début des années 1970, la scène architecturale internationale se trouvait dans un curieux état de flottement. Si des œ uvres singulières majeures voyaient le jour, notamment en Grande-Bretagne et en Allemagne de l’Ouest, il manquait un paradigme fédérateur capable de structurer ces accomplissements. L’architecture entrait dans une ère de pluralisme où la théorie, la pratique et la réalité sociale commençaient à diverger. Les grands récits de la modernité avaient perdu de leur superbe, sans qu’un nouvel ordre ne se profile à l’horizon. L’architecture n’était plus une vision cohérente, mais une somme de fragments.
Pour le jeune architecte luxembourgeois que j’étais, cette crise de la modernité ne se manifestait pas tant par des débats théoriques que par une expérience constructive concrète : une lutte permanente entre l’aspiration et la réalité. L’idée d’une architecture développée de l’intérieur – dictée par une logique fonctionnelle, une séquence spatiale et une clarté cubique – se heurtait systématiquement aux attentes des maîtres d’ouvrage et, le toit plat à une réglementation d’urbanisme rigide. En milieu rural, le toit est devenu le principal champ de bataille idéologique. Il était moins perçu comme un choix technique que comme le symbole d’une modernité importée et étrangère. Pour maintenir une approche contemporaine, il fallait souvent se résoudre à une contorsion architecturale : insérer des plans d’étages vastes et articulés sous des toitures inclinées imposées. Cette gymnastique créait une distorsion entre la logique spatiale intérieure et l’apparence extérieure – une rupture visible, exemplaire du conflit entre l’éthique de conception moderne et l’acceptation sociale.
Certains projets ont néanmoins réussi à transcender ces contraintes pour aboutir à une mise en œ uvre de grande qualité, à l’instar de la Maison Dr. Jaquemart, où la rigueur conceptuelle a su trouver son expression malgré le contexte de l’époque.
TENDANCES POSTMODERNES
Ce n’est qu’avec l’arrivée de la Postmodernité, dans les années 1980 qu’une forme d’apaisement et de décharge s’est opérée. Ce mouvement, venu des Etats-Unis et de Grande-Bretagne, a réintroduit des codes communs et une iconographie traditionnelle familière. Les plans retrouvaient des typologies classiques, la symétrie redevenait un principe ordonnateur, et des éléments tels que les colonnades ou les entrées marquées apportaient une image de fiabilité et de prestige. Si cette architecture était moins expérimentale, elle ouvrait de nouveaux espaces de communication.
Elle facilitait le dialogue – tant avec les clients qu’avec les administrations communales – et permettait d’établir un consensus qui avait longtemps fait défaut.
